Avec ce roman, Imène Jordo et Tom Jordo proposent une plongée sensible et maîtrisée au cœur de la mémoire traumatique et du processus de reconstruction.
Dès les premières pages, l’atmosphère est lourde, presque étouffante. Jérémy consulte pour un stress professionnel, mais très vite, la narration laisse entrevoir une souffrance plus ancienne, profondément enracinée. Le roman adopte une structure centrée sur les séances de thérapie, un choix pertinent qui permet de faire émerger la parole progressivement, sans jamais la forcer.
L’un des grands points forts du texte réside dans la manière d’aborder le lien entre le corps et l’esprit. Les douleurs abdominales du personnage principal ne sont pas de simples symptômes : elles deviennent le langage d’un corps marqué par un passé que l’esprit tente encore de contenir. Cette approche donne au récit une profondeur psychologique remarquable.
Les personnages secondaires, notamment Ester et Hélène, apportent un équilibre essentiel. La première incarne la patience et l’écoute clinique, la seconde la constance et l’amitié salvatrice. Leur présence souligne une question centrale du roman : comment accepter l’aide quand le silence a longtemps été une stratégie de survie ?
L’écriture, précise et contenue, évite les pièges du pathos. Elle avance par touches, laissant au lecteur le temps de ressentir, de comprendre, d’accepter. La résilience n’y est jamais idéalisée, mais présentée comme un chemin complexe, fait de chutes et de tentatives.
Un roman psychologique exigeant, profondément humain, qui s’adresse aux lecteurs sensibles aux récits de reconstruction intérieure et à la complexité des liens humains.